-Flashback-

Jonny Greenwood est né à Oxford en 1971. Enfant daltonien, il prends des cours de violon alto et participe bientôt avec son frère aîné Colin, bassiste, à la première mouture de Radiohead nommée "On a Friday". Le groupe est formé alors que ses 5 membres suivent des cours à l'école publique pour garçons d'Abingdon. Il y débute aux claviers et à l'harmonica puis prend rapidement la place de lead guitarist. Etant le plus jeune, il sera le seul à ne pas suivre d'études supérieures...
Avec Thom Yorke, il forme le noyau dur du groupe, du moins en terme de composition. En studio ou sur scène, Jonny joue de nombreux instruments : guitares, orgue, piano, synthétiseurs, ondes Martenot (instrument qu'il affectionne particulièrement : une manière pour lui d'exprimer ce dont il est incapable en chantant) glokenspiel, Kaos pad...
Pour connaître son matériel, cliquez ici !

Touche à tout et tête chercheuse, il n'a de cesse d'expérimenter. Bien qu'il soit un instrumentiste de grand talent, Jonny Greenwood tient plus du musicien habité, à la fois fin mélodiste, arrangeur exigeant et soliste de la rupture, entre violence et abstraction...^^ (en témoigne ce chorus sur Go to sleep ici et où il utiliserait ce fameux logiciel Max élaboré par l'Ircam). Par ailleurs, il utilise les cordes pour créer des ambiances souvent dissonantes en opposition totale avec leur rôle traditionnel dans la musique rock, à savoir celui d'amplifier la mélodie et de favoriser une certaine grandiloquence.

Il a notamment composé The tourist sur Ok Computer et Life in a glasshouse sur Amnesiac où l'on peut entendre son goût pour les harmonies jazz (parmi ses nombreuses influences, on compte Miles Davis et Lee Morgan). Sur Hail to the thief, il signe A wolf at the door et dédicace Where I end and you begin à Jeanne Loriod (soeur de la pianiste et seconde femme d'Olivier Messiaen Yvonnes Loriod) pionnière des Ondes Martenot (c'est elle sur le désormais célèbre enregistrement de 1991 de la Turangalîla Symphony de Messiaen conduite par Myung Whun Chung, l'une des oeuvres qui a le plus marqué Jonny (un extrait vidéo, c'est par là !)

-Bodysong-


Mais revenons d'abord à l'année 2003 durant laquelle Jonny sort son premier album solo Bodysong, superbe bande-son du film éponyme réalisé par Simon Pummel, sorte de documentaire élégiaque sur la vie humaine. En voici le teaser ici (accompagné du morceau Tehellet), un extrait par là (3 morceaux, respectivement Iron Swallow, 24 Hour Charleston et Splitter). Cet aperçu nous laisse entrevoir une puissante symbiose images/musique augurant d'un film doté d'une grande force émotionnelle. Pour cette réalisation trés contrastée, Jonny a collaboré avec le Emperor String Quartet, des musiciens de jazz et son frère Colin. Vous trouverez une interview du réalisateur et du compositeur ainsi qu'un bon nombre d'informations sur ce site.
Le myspace de Jonny permet d'écouter Moon Trills, magistrale introduction de Bodysong ainsi que des morceaux du dernier album de Radiohead "In Rainbows".

A présent, l'heure est venue pour vous d'écouter cette merveille que constitue Bode Radio/Glass Light/Broken Hearts... Enjoy !



Plus tard, en mai 2004, Jonny se voit confier la gratifiante mission de compositeur en résidence pour le compte de la BBC. Cette opportunité lui permet de composer plusieurs pièces pour orchestre, piano et ondes Martenot.
A l'occasion du Ether festival de Londres en 2005, Jonny et Thom Yorke présentent une version orchestrée d'Arpeggi, accompagnés du London Synfonietta et de l'Arab Orchestra of Nazareth : en voici une capture sauvage... A cette occasion, le guitariste offrait à l'écoute deux compositions qu'on pourrait rattacher à la musique contemporaine, Piano for children (pour 2 ondes Martenot et orchestre) et Smear (pour piano et orchestre de chambre). On y retrouve son goût pour l'expérimentation. Pour écouter Smear, cliquez ici ! A noter qu'il existe une version cd de cette oeuvre jouée par le London Sinfonietta.

En 2006, Jonny reçoit le prix des auditeurs de la BBC3 pour Popcorn Superhet Receiver (composé avant même sa résidence) inspiré de "Threnody for the victims of Hiroshima", oeuvre de Penderecki (compositeur polonais qu'on peut entendre dans les B.O.F. de Shining et Inland Empire) et du phénomène de bruit blanc^^. Le morceau est disponible en streaming sur cette page du site Pitchfork (il a en outre été joué le 16 et 17 janvier 2008 à New York dans l'église St Paul the Apostle)(compte-rendu et analyse, c'est par là !). Ajouté à celà, Greenwood a bénéficié d'une aide de 10000 livres accordées par la PRS Foundation afin de rendre possible un nouveau travail orchestral. Une longue et récente interview de Jonny, c'est par là !

-Jonny Greenwood is the controller-


En marge de Radiohead et de cette foisonnante activité dans le milieu classique contemporain, notre homme s'est imposé une écoute exclusive de dub-reggae, un style de musique qu'il ne connaissait guère, à compter d'avril 2005 : rien d'autre dans son ipod pendant 6 mois. Pourquoi ce choix ?
Pour parer aux railleries de ses comparses qui lui reprochent de n'avoir jamais écouté un seul morceau des Stooges ! (c'est de bonne guerre, il faut bien l'avouer ;-) Trouvez des éléments de réponses à vos interrogations dans ce post du blog de Radiohead !
Ecouter et sélectionner librement (les noms des différents artistes reggae ne lui évoquent rien) sa playlist idéale... Pour ce faire, Trojan Records lui donne accès à l'ensemble de son catalogue.

En mars 2007 sort la compilation Jonny Greenwood is the controller, fruit de ces longs mois d'écoute... On y retrouve Lee Scratch Perry dont Jonny reconnaît la légitimité de son statut d'icône, Linval Thompson, Marcia Griffiths (une révélation pour lui)... Cet album clôture ainsi la série Trojan's Artist Choice Jukebox à laquelle avait également contribué Dj Spooky et Don Letts et a été désignée compilation de l'année par le magazine anglais Mojo.
Le tracklisting, c'est par là ! Une sélection axée vintage 70's dub-reggae faisant la part belle à LSP.

Pour vous, l'hypnotique Flash Gordon meets Luke Skywalker par Scientist & Jammy & The Roots Radics ! Dubwise !

-There will be blood-


Enfin, durant cette même année 2007, Jonny a composé la musique du dernier film de Paul Thomas Anderson (Magnolia, Punch Drunk Love, Boogie Nights...) intitulé There will be blood et inspiré du roman Oil d'Upton Sinclair. Fan de Radiohead et du score de Bodysong, PTA reste subjugué par Popcorn Superhet Receiver. Certaines parties de l'oeuvre seront même utilisées pour la BO de TWBB.

Anderson envisage cette bande-son dans l'esprit de celles des films d'horreur avec pour référence Shining. Impregné de cette direction, Jonny fournit des heures de musique parmi lesquelles PTA peine à choisir. C'est finalement lui qui va convaincre le réalisateur de n'en retenir que les morceaux les plus appropriés pour un résultat final d'une durée de 30 minutes environ ! (pour plus de détails, cliquez ici !)

Sur le plan musical, le travail de Greenwood semble moins éparpillé, plus homogéne que dans Bodysong et fort de ses expériences passées, sa palette orchestrale s'est étoffée. Experimentations, complexité harmonique, dissonances, sens mélodique : le guitariste de Radiohead confirme toute l'étendue de son talent. Il a d'ailleurs été élu meilleur compositeur par les Critics Choice Awards pour la B.O. de TWBB.

Pour finir en beauté, en voici un extrait : le trés émouvant "Prospectors arrive"...